Est : Le chemin de croix des écogardes et des riverains des zones protégées

Gardes forestiers et riverains des zones protégées affrontent au quotidien des braconniers armés et déterminés à atteindre leurs objectifs. Ils sont parfois tuer ou mutilés.


Parc National de Lobéké


Hans Karl, riverain du parc national de Boumba-Bek garde encore des séquelles d’une agression de décembre 2010. Alors qu’il tentait de défendre les aires protégées de son  village, il reçoit une balle dans la tête des braconniers venus de la République de Centrafrique. Transporté à l’hôpital de districtde Yokadouma, une opération permettra d’extraire la balle et lui sauver la vie.Six pygmées Baka en feront les frais un an plus tard dans les mêmes conditions. Blessés par balles, ils réussiront également à être sauvés.


Les écogardes, pourtant formés aux techniques des attaques des braconniers ne sont pas aussi épargnés dans cette zone. En avril 2011, à Socambo, une ancienne ville forestière située au Sud-ouest du Park de Lobéké, David Mpam, éco garde dans cette aire protégée avait été la proie de 04 braconniers en fuite qu’il pourchassait. « J’ai essayé de battre en retraite lorsque l’un d’eux s’est rué sur moi avec une machette et m’a charcuté la cheville »,se souvient la victime. Trois ans auparavant,un braconnier n’avait pas hésité à tirer une balle dans les testicules d’un éco garde au nord du Parc national de Nki. « Les braconniers sont des plus en plus audacieuxet n’hésitent pas à blesser ceux qui s’attaquent à eux dans la forêt, surtout lorsqu’ils se sentent coincés », explique  Achille Mengamenya, Conservateur du Parc national de Boumba-Bek.


Certains poussent par ailleurs l’audace jusqu’à tuer des écogardes. Le 27 septembre 2011, Pierre Achille Zomedelen avait ainsi fait les frais alors qu’il accompagnait six membres d’une équipe de chasse sportive dans la zone de chasse no 36 située au Nord du Parc national de Lobéké.  Il avait alors été tué par des braconniers rencontrés sur son chemin.


Effectif insuffisant et matériel de riposte inefficace

De nombreux écogardes chargés de la protection des forêts et de la faune présentent de nombreuses séquelles des agressions des braconniers. On en rencontre avec  des doigts amputés, des chevilles tailladées entre autres. Ils dénoncent chaque fois que l’opportunité leur est donnée, les mauvaises conditions de travail et le manque d’équipement adéquat.


Dans une lettre adressée par le délégué des Forêts et de la faune du Haut-Nyong au Préfet sur la situation du braconnage en début du mois de juin 2014, Georges Mouncharou avait soutenu que « pour une superficie évaluée de 36.500 km2, la situation en termes de personnel n’est guère reluisante, chaque poste forestier n’a aucun élément d’appui. La situation au niveau de la délégation n’est non plus des meilleures. Il en est de même de la logistique où nos agents ne sont pas armés et un seul véhicule approprié pour la lutte contre le braconnage mais amorti du fait des sollicitations permanentes ne peuvent couvrir valablement 14 unités administratives. Au niveau des FMO (Forces de Maintien de l’Ordre Ndlr), sensés leur apporter un appui, le personnel dépasse à peine deux agents par gendarmerie », regrettait alorsle délégué des Forêts et de la faune du Haut-Nyong.


Les braconniers par contre sont pour la plupart équipés de Kalachnikovs AK47.Depuis l’année 2010, près de 100 armes de guerre ont été saisis par les gardes forestiers appuyés par l’armée camerounaise. Les zones protégées de l’Est et du Sud hébergent de nombreuses espèces animales en voie de disparition  à l’instar des éléphants, des gorilles, des chimpanzés, des antilopes entre autres. Elles attirent pour cela des braconniers qui chassent les animaux pour leurs viandes et des éléphants pour leur ivoire.


Sebastien Chi Elvido à Bertoua