Economie : le crédit-bail contribue à 1% du PIB au Cameroun

La dernière rencontre des chefs d’Etat de la CEMAC peut aider à avoir une économie dynamique et plus prospère. Lire les projections de  l’analyste- financier Elysée Yonta.

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La conférence des chefs d’Etats de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) s’esttenue en session extraordinaire le 31 Octobre 2017 àN’Djamena la capitale du Tchad. Examinant la question du rapprochement des bourses des valeursrégionales et nationales, la conférence a décidé de fixer le siègedu régulateur du marché financier régionalà Libreville au Gabonet celui de la bourse régionale des valeurs mobilièresà Douala au Cameroun. La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) a étédésignée comme dépositaire central.

 

Cette réforme du marché financier sous régional vise àaccélérer le financement de l’économie des pays membres via la bourse régionale des valeurs mobilières. La bourse est une place de marché ou les personnes physiques et morales détentrices des capitaux prêtent directement ou indirectement aux entreprises, aux Etat, aux collectivités locales afin de leurs permettre de financer des investissements. Le financement se fait principalement à travers l’achat des obligations ou des actions. Les entreprises admises à la bourse peuvent émettre de nouvelles actions pour lever les capitaux. Elles peuvent aussi emprunter de l’argentdirectement aux épargnantspar l’émission des obligations.

 

En réalité, la bourse permet de financer les économies par le canal direct ou indirect.Via le circuit direct, les entreprises admises à la cote se financent par l’émission d’actions ou d’obligations. Celles qui choisissent le canal indirect le font à travers les intermédiaires financiers: les banques commerciales, les microfinances, les fonds d’investissement et les sociétés de crédit-bail.

Les statistiques de la Réserve Fédérale Américaine(FED) indiquent que l’essentiel des capitaux levés sur les marches financiers irriguent les investissements productifs  via le canal indirect tel que le crédit-bail mobilier et immobilier.

 

Le Dataviz ci-dessous expose le degré d’utilisation des circuits directes ou pour lever les capitaux sur les marchés financiers dans les principaux pays industrialisés.

 

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Source FED: Données (1970-2000). Usage du canal direct ou indirect par les capitaux levés en bourse.

Il ressort des statistiques de la Réserve Fédérale Américainequ’au moins 2/3 des capitaux levés sur les marches financiers, le sont par les intermédiaires: banques commerciales, fond d’investissement etc.

 

Quid du Cameroun

 

Le tissuéconomique camerounais est essentiellement constitue de petites et moyennes entreprises qui ne remplissent pas les critères requis pour lever via le canal direct les capitaux à la Douala Stock Exchange. Désormais, elles pourront se financier via les intermédiaires tels que les établissements de crédit-bail.

 

La loi N0 2010/020 du 21 Décembre 2010 organise l’activité de crédit-bail au Cameroun. Cette loi dans ses dispositions générales donne la définition et le champ d’application du crédit-bail: « Le crédit-bail est une opération de créditdestinée au financement de l’acquisition ou de l’utilisation des biens meubles ou immeubles à usage professionnel (….). Il consiste en la location des biens d’équipement, de matériel d’outillage ou de biens immobiliers à usage professionnel. (….). Ces opérations de location donnent au locataire la faculté d’acquérir, tout ou partie des biens loués, moyennant un prix convenu, tenant compte des versements effectués à titre de loyers ».

 

Réunis au sein de l’Association Camerounaise de Leasing (CAMLEASE), Les acteurs de ce secteur d’activité estiment la taille réelle du marché camerounais à 50 milliards  de FCFA au 31 décembre 2009 avec un potentiel de 200 milliards FCFA, voir 400 milliards pour la zone CEMAC.

 

Le tableau ci-dessous présente la différence entre le marché réel et le marché potentiel du crédit bail au Cameroun.

 

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Source CAMLEASE. Comparaison du marché réel et potentiel du Crédit Bail (en milliards F.CFA)

A ce jour, notre pays compte seulement six entreprises de crédit bail (Source CAMLEASE) dont l’offre couvre à peine 15% de la demande potentielle de la clientèle alors quele Nigéria voisin possède plus de 1000 entreprises de crédit-bail en activité. Le marché camerounais est pourtant en plein essor comme le montre les statistiques de CAMLEASE contenu dans le tableau ci dessous.

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Source CAMLEASE. Evolution du montant du portefeuille Crédit bail a fin 2009 en Millions FCFA.

 

 

Les diagrammesci dessous exposentl’aperçu de la typologie des opérations de crédit bail au Cameroun: par type d investissement, et par secteur d’activité.

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Source CAMLEASE 2010. Financement du Crédit Bail par type d’investissement en pourcentage.

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Source CAMLEASE 2010. Financement du Crédit-Bail par Secteur d’Activités.

 

 

            L’analyse des graphiques ci dessus permet de conclure que:

 

  • L’essentiel du financement par crédit bail est destiné au secteur des transports des personnes et des marchandises (86%), car Alios Finance le premier établissement de crédit bail crée et implanté au Cameroun par les principaux importateurs de véhicules: CFAO et TRATAFRIC.
  • Seulement 10% des 50 milliards de FCFA représentant l’encours de crédit bail 2010, ont été accordés au financement des équipements et bâtiments destines à l’industrie.

La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC)estime que le crédit-bail contribue à 1% du produit intérieur brut de notre pays, et représente en proportion 15% seulement des importations des biens d’équipements. Le Cameroun s’est fixépour objectif de devenir un pays émergent en 2035 en réalisant un taux de croissanceéconomique a deux chiffres. Pour y parvenir, notre pays doit booster la production agricole, celle des services à haute valeur ajoutée et surtout l’industrie. Nous devonsnous doter d’un tissus industriel performant qui engrange des gains de productivitéc’està dire produire un grand volume de biens et services (Output) en utilisant peu de facteurs de production (Input). Les gains de productivitéengrangés permettent de créer plus de valeur ajoutée, de baisser les coûts de production, dégager une marge confortable afin d’assurer un meilleur traitement des travailleurs et des actionnaires.

Pistes de solutions

 

Pour engranger les gains de productivité, les entreprises camerounaises doivent acquérir des machines, des équipements de production neuf, et lesprogrèsindustriels modernes.La maintenance et la consommation en énergiedoivent être faibles à l’inverse delacapacité de production qui est élevée. Nos entreprises doivent aussi investir dans la maitrise de la chaine logistique en construisant des bâtiments industriels et de stockage modernes. Le crédit bail est la solution de financementadaptée pour l’acquisition des immobilisations de nos PME et PMI. Aux Etats Unis, la première puissance agricole et industrielle, 89% des entreprises tous secteursd’activité confondus achètent les équipements et des bâtiments industriels via le crédit bail ou leasing pour un montant annuel de $600 milliards en 2012 (Source Census Bureau).

 

Aux Etats Unis, les entreprises de financement par crédit bail sont admises à la bourse des valeurs mobilières où elles peuvent lever les capitaux sur une période longue. Ceci se fait à des taux d’intérêt faibles par l’émission des actions ou des obligations, afin de financer le leasing des biens d’équipements et la construction des bâtiments industriel. A l’inverse,leurs concurrents camerounais sont sous- capitalisées. Elles s’appuient uniquement sur le financement bancaire et ne disposent pas de ressources financières longues permettant de proposer à leurs clients des solutions à moyen ou long terme et à des taux intérêt faibles.

 

La réforme des marchés financiers de la CEMAC intervenue a N’Djamena le 31 Octobre 2017 permet désormais l’émergence des entreprises de crédits bail mieux structurés, à condition que l’Etat camerounaisconstruise une stratégie ambitieuse.

L’Etat du Cameroun doit mettre en place une fiscalitéincitative destinée aux PME/PMI locales qui souhaitent acquérir ou renouveler leurs équipements de production. Par exemple, l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée(TVA), pourles machinesimportées en pièces et assemblées sur le site industriel. L’avantageest la baisse du coût  d’acquisition pour les établissements de crédit-bail, la création des emploislocaux, le transfert progressif de technologie. Les gains de productivité générés vont augmenter les ressources budgétaires. Les assembleurs de bus de transport tel que SOTRABUS et TRATAFRIC devraient étendreleurs activités à l’assemblage des camions, des engins de manutention. Ce dispositif fiscal est le pilier du développent de l’industrie de l’assemblage des vehicules industriels au Nigeria.

 

Le Cameroun doit augmenter le nombre d’entreprises de financement des immobilisations par le canal du crédit bail. L’Etat doit favoriser la transformation de certainesmicrofinances en entreprises de crédit bail. Il peut aussi créer une passerelle pour permettre aux consortiums financiers locaux tels les assureurs vie, la caisse nationale de prévoyance sociale, d investir dans ce secteur d’activité.

Lecœur de la stratégie de l’Etatestl’accompagnement les entreprises de crédit- bail afin qu’elles remplissent les critèresnécessaires pour lever les capitaux à la Douala Stock Exchange. Elles peuvent émettre de nouvelles actions pour renforcer les ressources stables ou encore des obligations sur des périodes de 10 à 15 ans à des taux nettement (65%) en dessous de ceux des banques commerciales. Par exemple l’émission des Eurobondsavec une souscription en devises étrangères (dollar, euro, Yuan) par la diaspora camerounaises, mais un règlement àéchéance qui s’effectuera en monnaie locale (FCFA).L’avantage est d’attirer les capitaux, l’épargne et les devises étrangères, de financer l’industrialisation et réinjecter les paiements dans le circuit économique local.

 

En accompagnantles entreprises de crédit bail afin qu’elles se financent à la bourse régionale des valeurs mobilières, les organismes de « PrivateEquity »tel la SFI, le FMO, ou la PROPARCO pourront injecter assez facilement les capitaux, de manière fluide et transparente dans les meilleurs projets de crédit bail cotés en bourse.

 

L’emergence de l’économie camerounaise passe par une industrie performante dont les équipements devraient être financés par le crédit bail via la bourse régionale des valeurs mobilières.

Elisée YONTA.

Analyste Financier- Economiste- Université de Chicago

Titre et chapeau par la rédaction de DataCameroon