Élection 2018 : vers une année de toutes les incertitudes.

Sauf changement, le Cameroun a rendez-vous avec les urnes l’an prochain. Cependant, plusieurs situations pourraient modifier ce grand rendez-vous démocratique.

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Selon la constitution et le code électoral en vigueur au Cameroun taillés sur mesure, notre pays a rendez-vous avec les urnes pour au moins quatre échéances en suffrage direct et indirect. Il s’agit de la présidentielle, des municipales, des législatives et des sénatoriales. Néanmoins, l’alinéa4 de l’article 15 de la constitution donne les pleins pouvoirs au chef de l’Etat, de proroger les mandats des autres élus. Il s’agit des conseillers municipaux et des parlementaires comme en mai 2013 pour des raisons discrétionnaires comme c’est le cas pour la majorité écrasante des actes présidentiels au Cameroun. Sauf cas de force majeure, la présidentielle aura bel et bien lieu, si l’on s’en tient au délai, en octobre 2018.

 

Le Cameroun est jusqu’ici sûr qu’au moins un rendez-vous électoral aura lieu l’an prochain. En référence à une note du Secrétaire général de la présidence de la République courant novembre 2017, demandant au gouvernement de faire passer le budget des élections de 35 milliards FCFA à 50 milliards FCFA sans autre précision. Mais avec Paul Biya, il faut s’attendre à tout, même au plus illogique.

Si la scène politique s’agite selon les agendas internes aux partis politiques, à Yaoundé le siège des institutions, on semble préoccupé par d’autres choses en rapport avec les institutions. A la capitale on appelle ça « les grands dossiers de la République ». Cependant, les thuriféraires du régime agitent en sous-marin les militants de leurs bastions pour ne pas rester à la traîne de la mouvance électoraliste. Les moyens de l’Etat sont alors mis à contribution pour permettre au RDPC de garder son statut de parti au pouvoir.

 

Ces autres échéances, contrairement aux précédentes, vont se tenir dans un contexte particulièrement tumultueux. Ce contexte est notamment  gangrené par des zones conflictogènes menaçant l’homogénéité d’un corps électoral régulièrement constitué. Autrement dit, la formation d’une masse critique capable de dégager une légitimité irréfutable.

 

Parmi ces foyers dont la typologie permet de dégager les plus béants, le front de l’Extrême-Nord contre Boko Haram donne du fil à retordre à Élections Cameroon (Elecam). Des milliers de déplacés internes, bousculent le fichier électoral notamment en ce qui concerne la localisation et l’appartenance au bureau de vote. Outre le retrait des cartes dans un environnement où les distances sont les plus vastes. La fonte des réfugiés parmi les populations locales culturellement proches, entraîne ipso facto un travail de fond qui n’est pas facile pour Elecam.

 

Cette même situation se pose avec acuité dans la région de l’Est où l’Etat a été contraint de fermer la dizaine des postes d’identification déjà insuffisants. La nationalité ayant été bradée par les institutions compétentes aux réfugiés, il est désormais difficile de savoir qui est camerounais et qui ne l’est pas. Ainsi, affirmait le délégué régional d’Elecam pour l’Est en Août 2017 au cours d’un atelier, cette situation a contraint sa structure à inscrire moins de citoyens que prévu. La Carte Nationale d’Identité étant un élément déterminant au cours de l’inscription.

 

L’autre zone conflictogène et non des moindres qui s’ajoute à la liste, est constituée des régions dites anglophones. Les discours hostiles développés dans la zone par l’aile dite sécessionniste, ne sont pas de nature à garantir l’organisation des élections dans la paix dans cette partie du pays. C’est sans compter le choix des interlocuteurs entre l’administration centrale et les tenants du discours hostile au système gouvernant et de façon politique, contre l’Etat du Cameroun. Yaoundé essaie tant bien que mal d’allier les suggestions des acteurs extérieurs dont la communauté internationale et ses choix stratégiques dont l’enjeu politique reste et demeure la priorité.

 

Paul Biya84ans, qui est connu depuis 35 ans de ses compatriotes comme l’homme du « silence présidentiel », scrute comme à son habitude l’horizon. Pour lui comme pour ses «créatures », il y a un calendrier électoral dont il est seul à maitriser le contenu. N’en déplaise à certains acteurs de la société civile, mais il y a aussi des décrets présidentiels pour résoudre certaines situations d’urgence. Seul le dernier étage du palais de l’unité à Yaoundé, détient déjà l’agenda de l’année 2018. Le peuple citoyen n’aura qu’à s’en tenir au 17h de la radio Nationale pour être fixé sur son sort politique.

 Paul-Joël Kamtchang