Péril sur le processus électoral à l’Est

Plusieurs maux  techniques et légaux posent les jalons de l’entrave à l’organisation sereine des prochaines élections dans cette partie du pays.

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A l’approche des élections en 2018 au Cameroun, une ambiance d’indifférence totale est perceptible dans la région de l’Est. Les partis politiques, acteurs majeurs du processus électoral, sont quasiment absents sur le terrain.

 

En effet, la révision des listes électorales pour l’année qui s’achève n’a pas connu la participation escomptée des partis politiques. Débutée le 01 janvier 2017, cette opération s’est achevée le 31 août dernier sans l’implication de la quasi-totalité des formations politiques représentées dans cette partie du pays. « Dans l’ensemble, les commissions de révision des listes électorales n’ont pasfonctionné comme cela se doit. Seuls, les représentants de l’administration et d’Elecam se retrouvaient sur le terrain. Les partis politiques n’ont véritablement pas pris part dans les travaux des commissions», affirme Marguerite Gbaboua, délégué régional d’Elections Cameroon pour l’Est.

 

Or selon l’article 51 du titre 3 de la loi du 19 avril 2012 portant Code électoral, « les listes électorales sont établies par les démembrements territoriaux d’Elections Cameroon en relation avec les commissions mixtes compétentes  ». L’article 52 alinéas 2 quant à lui stipule qu’ «il est créé dans chaque commune, une commission chargée de la révision des listes électorales  présidée par un représentant d’Elections Cameroon. » Le même article renseigne que les membres de cette commission sont, « un représentant de l’administration désigné par le préfet, le maire, un de ses adjoints ou un conseiller municipal et un représentant de chaque parti politique légalisé et présent sur la circonscription communale concernée ».

 

Pourtant, une foultitude de formations politiques exercent à l’Est. Tous n’ont cependant pas désigné de représentants dans les commissions de révision des listes électorales. « Au départ, il y avait quelques représentants du RDPC dans les commissions, mais au fil du temps, ils ne prenaient plus part aux travaux », regrette un cadre d’Elecam. De leur côté, les raison évoquées par les formations politiques de l’opposition sont diverses. « Il y avait des problèmes internes entre nous. C’est pourquoi nous n’avions pas pris part aux travaux des commissions. Après le récent congrès de notre parti, tout est revenu dans l’ordre. Je crois qu’on va bien travailler en janvier 2018 », confie Adamou Issa, vice-président de la section Lom et Djerem sud de l’Alliance Nationale pour la Democratie et le Progrès (ANDP). « La plupart des femmes sont démotivées à cause de l’attitude de notre présidente de section », expliquent plusieurs femmes de l’OFRDPC rencontrées à Bertoua.


Mais à en croire Nicolas Meva Abade acteur de la société civile à l’Est, « les élections générales prévues en 2018 connaîtront une faible participation et manqueront de crédibilité parce que toutes les mesures déjà prises depuis le retour au multipartisme en 1990 n’ont pas suffi à promouvoir un système électoral démocratique, transparent et crédible qui emporte confiance et adhésion des citoyens électeurs ». C’est pourquoi à l’issue d’un atelier tenu à Bertoua le 06 octobre 2017 pour faire une analyse du code actuel, Dynamique Citoyenne propose des améliorations de la loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral.


Comme conséquence directe de ce manque de mobilisation, l’Est a enregistré un faible taux d’inscription sur les listes électorales en 2017. Selon les données d’Elecam : 16.898 nouveaux inscrits ont été enregistrés pendant la période allant du 02 janvier au 31 août. Un chiffre en baisse comparativement à celui de l’année dernière qui à la même période était de 23 893.


Constats

Pour le délégué régional de cette structure, d’autres raisons peuvent également expliquer ce déclin du nombre d’inscrits en 2017. « Les jeunes en âge de voter ne disposent pas toujours de cartes nationales d’identité. Parallèlement, ceux qui possèdent des actes de naissance et qui vivent en zone rurale sont confrontés au problème d’éloignement des postes d’identification et craignent les tracasseries policières qui les empêchent de sortir des villages pour se faire établir leurs cartes », indique-t-elle. A ce sujet, il est à noter que la région de l’Est avec une superficie de plus de 1000 km2 et près d’un millions d’habitants, ne compte que 6 postes d’identification opérationnels pour 33 arrondissements.


La plupart des postes surtout au niveau des frontières ont été fermés suite à la crise centrafricaine pour empêcher la braderie de la nationalité camerounaise. A ces difficultés s’ajoute l’enclavement caractérisé par un mauvais réseau routier qui ne permet pas aux équipes d’Elecam de parcourir toutes les zones reculées.


En plus des écueils évoqués plus haut, un autre phénomène risque d’entaché la crédibilité des futures élections. Il s’agit des soupçons qui pèsent sur l’enregistrement des réfugiés centrafricains sur les listes électorales. Cette suspicion avait été portée sur la place publique pour la première fois par Kombo Gbérie, vice-président à l’Assemblée Nationale.


En effet, lors d’une réunion d’évaluation de la campagne d’appui aux inscriptions sur les listes électorales en décembre 2012 à Bertoua, le député de Garoua-Boulaï avait fait des révélations troublantes. « De Mandjou (Arrondissement créé en 2007 suite à l’éclatement de la commune urbaine de Bertoua : ndlr) à Garoua-Boulaï, les réfugiés centrafricains sont entrain de s’inscrire sur les listesélectorales ».

 

Une déclaration qui avait créé une surprise générale. Même si Kombo Gbérie n’avait pas donné des indications claires, son allégation s’appuyait sur le fait que certains réfugiés centrafricains  auraient obtenu la nationalité camerounaise alors que d’autres auraient également obtenu frauduleusement les cartes nationales d’identité camerounaises.


Dans sa colère, Kombo Gbérie avait pensé que ces réfugiés inscrits sur les listes électorales pourront constituer une menace sur la victoire du Rdpc. « Ils vont voter pour l’Undp, l’Andp et l’opposition en générale », avait martelé le député et cette menace reste d’actualité.

 

Selon les chiffres de la Sous délégation du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés de Batouri, la région de l’Est abrite 152.058 réfugiés centrafricains installés dans des sites dans les départements du Lom-et-Djerem et la Kadey.

 
Sébastien Che Elvido à Bertoua

 
Partis politiques actifs dans la région de l’Est-Cameroun

  • Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC)- Président, Paul Biya
  • Social Democratic Front (SDF)- Chairman, Ni Njoh Fru Ndi
  • Union Nationale pour la Democratie et le Progrès (UNDP)- Président, Bello Bouba Maigari;
  • Alliance Nationale pour la Democratie et le Progrès (ANDP)- Président, Amadiu Moustapha ;
  • Union Démocratique du Cameroun (UDC)- Président, Adamou Ndam Njoya ;
  • Alliance pour la démocratie et le Développement (ADD)- Président, Gagra Haman Adji ;
  • Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC)- Président, Maurice Kamto ;
  • Front des Forces Républicaines (FFR)- Président, Front des Forces Républicaines ;
  • Parti National des Patriotes du Cameroun (PNPC)- Président, Ruben Djaourou.